Blé dur La filière nourrit toujours l’espoir d’inverser la tendance
Les surfaces toujours orientées à la baisse en France ne découragent pas une filière qui veut enclencher une nouvelle dynamique. En fer de lance, le Plan de souveraineté blé dur est censé donner un coup de pouce technique, technologique et des outils économiques aux opérateurs, mais il sera moins financé que prévu. En attendant, la production mondiale affiche des records.
Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.
Il serait injuste de dire que la filière française du blé dur n’a pas pris la pleine mesure de la situation dans laquelle elle se trouve. Si les surfaces estimées par Arvalis le 6 février, lors de sa journée dédiée à la filière blé dur à la Rochelle (Charente-Maritime), se confirment, il s’agirait d’une nouvelle année de baisse. Un recul national de 2 %, mais qui touche particulièrement le bassin de production du Centre, lequel perd 8 %. Depuis 2010, c’est un effondrement de plus de la moitié de la sole en France.
Une tendance baissière que Matthieu Killmayer, animateur de la filière blé dur chez Arvalis, explique par plusieurs facteurs, pas seulement économiques. « Il a beau y avoir eu des années où le différentiel de prix entre le blé dur et le blé tendre était quasiment de 150 €/t, les surfaces diminuaient quand même », relate-t-il.
« Trop de risque »
Les pistes d’explications se trouvent selon lui ailleurs. « Aujourd’hui, la prise de risque ressentie devient prégnante sur la décision du producteur. Trop de risque sur le désherbage, sur la trésorerie qu’il faut sortir pour l’azote ou les phytos, sur la qualité… », énumère-t-il. « Pourtant, quand nous faisons les calculs dans différents bassins de production, notamment sur les coûts de production, le blé dur est une espèce intéressante par rapport aux autres cultures disponibles. »
Cette baisse de production, Vincent Poudevigne, directeur général du groupe Sica Atlantique, la constate au port de La Pallice. « Autrefois, on traitait 200 000 t de blé dur, on n’en fait plus que 65 000 », regrette-t-il. D’autant que la graine donne du fil à retordre en portuaire. « Le blé dur, c’est la marchandise qui nous prend le plus de temps à l’agréage. Un camion de blé tendre, ça dure 10 minutes et on peut le faire passer sur les fosses. Un camion de blé dur, ça peut aller jusqu’à 40 minutes. »
28 M€ au lieu de 43 M€
Face à cette situation, le comité de pilotage de la filière blé dur qui réunit les acteurs de la production jusqu’à la transformation veut agir. « C’est très important de parler d’une même voix si nous voulons être écoutés », explique Frédéric Gond, son président.
Car, au-delà de la baisse des surfaces et de la production, existent aussi les difficultés techniques ou d’accès aux intrants, les défis de la commercialisation, de la durabilité… Autant de sujets qui sont au cœur du Plan de souveraineté blé dur lancé en 2024. Un plan qui a pourtant déjà pris du plomb dans l’aile. « L’enveloppe totale était de 43 M€ avec un engagement signé par Marc Fesneau (ancien ministre de l’Agriculture) de 11 M€ », relate Frédéric Gond. Mais les contraintes budgétaires sont passées par là et l’enveloppe devrait être largement revue à la baisse. « En recalculant, nous sommes sur un montant global aujourd’hui de 28 M€ », constate-t-il. La participation de l’État serait ainsi ramenée à 7,6 M€, dont 2,3 sont garantis à ce jour.
Deux volets du plan ont déjà été lancés. « Le premier, sur la sécurisation, a démarré, précise Matthieu Killmayer. Les travaux sont en cours et les résultats de l’étude sont attendus à la fin de l’année. » Pour rappel, il s’agit de développer un mécanisme assurantiel et de renforcer la contractualisation dans la filière. Un projet vers lequel FranceAgriMer aurait déjà engagé 100 000 €. L’autre chantier, celui de la décarbonation dénommé Blé CarDur, est déjà mis en place sur le terrain. « C’est démarré et ça va durer quatre ans », complète-t-il.
« Donner de l’élan »
Le troisième pan du plan de souveraineté est focalisé sur la recherche génétique. Les semenciers ont proposé un programme d’envergure, baptisé DuraSel. Benoît Piétrement, président d’Intercéréales, insiste sur l’importance de valider un appui public. « Nous avons besoin du soutien de l’État, notamment pour relancer la recherche génétique et avoir des variétés qui soient de plus en plus performantes et correspondent bien aux attentes des acheteurs et des consommateurs derrière. » Sur le soutien de l’État, Frédéric Gond en remet une couche. « Le blé dur est une petite filière, justifie-t-il. Il faut un peu d’accompagnement pour donner de l’élan. »
Un marché mondial lourd
La baisse de la force de frappe française se place dans un contexte mondial tout autre. La production mondiale de 37,8 Mt estimée par le CIC (Conseil international des céréales) pour la campagne commerciale 2025-2026 représente une hausse de 2 % en un an. « Pour la deuxième année consécutive, nous sommes sur des records de production, précise Yannick Carel, chargé d’études économiques chez Arvalis. Cette hausse est liée à un effet surface avec plus de 13 Mha au niveau mondial. C’est 1 Mha de plus que la moyenne 5-10 ans en termes de surface. » En outre, le blé dur a bénéficié de rendements solides dans les bassins principaux. « Le rendement mondial était supérieur à la moyenne de l’ordre de 2 à 3 %, et surtout nettement supérieur à la moyenne dans deux zones très fortement productrices : le Canada et États-Unis d’un côté et l’Union européenne de l’autre », complète-t-il. La consommation a elle aussi progressé, mais à un rythme moins soutenu. Résultat : « Les niveaux de stock augmentent. À la fin juin 2026, il est prévu un stock mondial supérieur à 12 Mt. »
Dans ce contexte, la France cherche sa place ces dernières années. « Quand on regarde les destinations, l’Italie est complètement sortie du spectre, la France est redevenue la première destination », constate-t-il. « Heureusement, le marché de l’Afrique de l’Ouest est venu remplacer les autres destinations comme la Tunisie, l’Algérie et le Maroc », observe Vincent Poudevigne.
Pour accéder à l'ensembles nos offres :